Le recrutement de la honte

Le recrutement de la honte

Le recrutement de la honte ou la honte du recrutement…

Je reconnais que l’expression peut choquer pourtant elle traduit ce que l’on ressent quand on se retrouve du jour au lendemain à la recherche d’un emploi : de la honte !  La honte d’être au chômage, certes, mais pas uniquement !
Et c’est là qu’en plus d’être choquant cela devient intéressant : on se met à avoir honte de ce qui faisait notre fierté jusqu’alors, dans la vie de tous les jours, comme si dans ce passage obligé qu’est le recrutement les valeurs étaient inversées.

La honte d’être jeune et de ne pas avoir assez d’expérience professionnelle…

Combien de fois ai-je entendu de jeunes demandeurs d’emploi s’angoisser avant un entretien : mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire au recruteur ?
Je n’ai pas d’expérience professionnelle ! Mais évidemment que vous n’en n’avez pas ou très peu puisque vous êtes JEUNES ! Il faudrait quand même être un recruteur tordu pour vous demander d’avoir le parcours d’un vieux ! Et pourtant…cela doit certainement arriver puisque l’on conseille aux juniors de se pencher sur leur courte vie et de tenter de traduire tout ce qui ressemble de près ou de loin à une expérience professionnelle (stages étudiants, jobs d’été, babysittings, bénévolat, sports, centres d’intérêt…) en « langage job » avec le vocabulaire correspondant : missions, objectifs, deadlines, moyens,  résultats, travail en équipe, gestion de projet, compétition….
Et si nos juniors se contentaient tout simplement d’être jeunes avec ce qui va avec : ni expérience et ni apriori, une pêche d’enfer, un regard neuf, l’envie d’apprendre et de bien faire, le sens du contact, une ouverture au monde et aux autres, une aisance dans les langues et cette incroyable agilité avec les outils technologiques qui fait d’eux de remarquables communicants.
Prenons-les tels qu’ils sont et aidons-les plutôt à devenir les vieux de demain. Et vous les jeunes, quand vous passez des entretiens, soyez fiers de ce que vous êtes car nous les vieux, nous donnerions n’importe quoi pour être dans votre peau de jeunes !

La honte d’être senior et d’avoir trop d’expérience professionnelle…

et tout ce qui va avec dans les yeux d’un recruteur : trop de bagout, d’égo, de rigidité, d’exigences, de mal avec les nouvelles technologies et tout ce qui est nouveau en général, de difficultés à s’adapter ou à être managé, de problèmes avec les remises en question, trop de tout…
Et ces seniors qui étaient jusqu’à présent, sinon fiers, du moins tranquilles dans leur vie avec cette séniorité qui était plutôt un atout, se mettent brusquement à avoir honte de celle-ci dès qu’ils se retrouvent en recherche d’emploi. I
l faut dire qu’avant même de commencer, ils se prennent 10 ans si ce n’est pas 20 ans dans la vue. En temps normal, quand on parle de « seniors », on fait référence à de vrais « vieux » : les retraités, les grands-parents. En temps « anormal » de la recherche d’emploi, quand les recruteurs font référence aux « seniors », ils pensent aux quinquas et encore je suis gentille !
Ces quinquas qui jusqu’à ce moment précis étaient plutôt en situation confortable professionnelle, financière et personnelle se mettent à avoir honte d’être ce (ceux) qu’ils sont, des femmes et des hommes d’expérience, riches de leurs réussites et de leurs échecs.
Ces quinquas capables de soulever des montagnes dans leur métier, de relever des défis sportifs ou de recomposer une famille, se décomposent dès qu’ils endossent le statut de demandeurs d’emploi. Ces quinquas que les médias surnomment aujourd’hui les « quinquados » pour leur jeunesse d’esprit et de corps retrouvée, leur manière de se déplacer en blablacar et de vivre en colloc, se transforment en vieux croutons honteux dès qu’ils passent la porte d’un recruteur.
Et je ne pouvais pas terminer ce sujet sans faire référence aux femmes…

La honte d’être une femme et d’avoir une vie plus personnelle que professionnelle…

Dans la vraie vie, nous sommes plutôt fières d’être des femmes, d’avoir la chance de porter des enfants et de les accompagner tout au long de leur vie pour en faire les adultes de demain.
Nous arborons fièrement nos ventres ronds, nous nous extasions ensuite devant les premiers succès de nos enfants et nous nous décomposons face à leurs premiers échecs.
Nous les accompagnons tout au long de leur parcours avec fierté en nous rengorgeant souvent. Et brusquement, quand nous recherchons du travail, une envie subite nous prend de les cacher dans le placard, de les effacer, le temps du recrutement, de cette vie où ils prennent pourtant tant de place.
Dans ces cas-là, nous aimerions bien les « refourguer » aux grands-parents ou à la voisine pour ressembler à de vraies professionnelles, libres de toute attache.
Si on pouvait en laisser la garde complète à leurs géniteurs ce serait encore mieux et pas plus mal d’ailleurs car curieusement ces derniers ne sont jamais freinés professionnellement par leur progéniture…ni même interrogés en entretien à ce sujet.
Quant à nous, les femmes, nous subissons la double peine : soit nous sommes jeunes et en plus d’être juniors et sans expérience, nous risquons de nous marier et d’avoir des enfants qui nous empêcheront de travailler correctement, soit nous sommes vieilles et nos enfants sont déjà élevés ou il est trop tard pour en avoir mais à ce moment-là, cela veut dire que nous sommes devenues des SENIORS !
Alors, unissons-nous, Mesdames, pour assumer notre potentiel maternité qui rime avec organisation, efficacité, gestion des priorités, travail en mode projet, forte résistance au stress et au bruit, capacité à prendre des décisions dans l’urgence, facilité à assumer plusieurs tâches en même temps, pratique du réseau, etc…

Laissons cette honte dans l’antichambre des recruteurs et pour reprendre l’expression de Nicolas Galita dans son blog « Dessine Toi un Emploi », soyons des chercheurs d’emploi « fiers de l’être ». Quant à vous, Mesdames et messieurs les recruteurs, aidez-nous à passer du recrutement de la honte au recrutement de la fierté…

Christel de Foucault, consultante RH, auteure de « Déjouez les pièges des recruteurs » aux Editions Eyrolles.
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