Je suis chômeur mais je me soigne

 

Le chômage illustré par Benoit PouydesseauJe suis chômeur mais je me soigne

Le chômage ? une maladie ?

J’imagine déjà votre réaction à la simple lecture du titre de ce post car j’aurais eu la même que vous : « N’importe quoi ! Le chômage n’est quand même pas une maladie ! » . J’espère vraiment que vous ne vous arrêterez pas au seul titre de l’article (avec un petit commentaire lapidaire en prime pour l’auteure…) et que vous aurez envie de lire la suite.

Le chômage n’est pas vendeur…

Cela fait des années que nous traitons le chômage comme si c’était une maladie honteuse, peut-être même depuis que le mot existe, moi la première. Combien de fois n’ai-je conseillé, en tant que consultante RH, aux « chômeurs » que j’accompagnais de se positionner plutôt en :

  • « chercheurs » d’emploi,
  • « offreurs » de services,
  • « apporteurs » de solutions,
  • « experts » métier,

et de transformer leur période de « chômage » en période de « transition professionnelle » !

D’ailleurs, si on balaye rapidement les profils Linkedin, on trouve de jolies formules comme :

  • « en recherche active »,
  • « à l’écoute du marché »,
  • « en quête de nouvelles opportunités »,
  • « prêt à relever de nouveaux défis »,
  • « à la recherche de nouveaux challenges »,
  • « disponible pour de nouvelles aventures »,

mais jamais « au chômage »…

Certains professionnels de l’accompagnement déconseillent même de faire savoir que l’on est en recherche d’emploi pour continuer à intéresser les recruteurs potentiels. Ils ont raison puisque les candidats qui ont le plus de valeur auprès des recruteurs sont ceux en emploi…Quand on pense à tous ces chômeurs motivés prêts à travailler immédiatement comparés à ces « non-chômeurs » moins motivés (car en poste), moins disponibles (car avec préavis) et plus exigeants (en position de force), on se dit qu’on marche sur la tête ! Et les chômeurs se « prennent alors la tête » pour trouver des parades afin de faire savoir sur les réseaux sociaux qu’ils recherchent un emploi tout en ne le disant pas…

Le chômage n’est pas un gros mot…

Si le mot « chômage » est encore prononcé aujourd’hui c’est pour évoquer une courbe, des chiffres, une population, des indemnités, mais toujours de façon globale et impersonnelle, rarement en le ramenant à l’être humain qu’il touche et qu’il détruit à petit feu comme une maladie grave et parfois incurable. C’est pourquoi, j’ai eu envie d’ouvrir le LAROUSSE comme si c’était le VIDAL et je n’ai rien trouvé qui justifie que dans la langue française le mot « chômage » soit un gros mot, un mot sale, un mot de maladie : « situation d’une personne qui, bien que apte au travail, se trouve privée d’emploi ». « Apte au travail », c’est plutôt bon signe, non ? Et « privée d’emploi », cela montre bien que c’est contre son gré, non ? Ou est-ce que je me fais un film ?

La suite sur l’étymologie du mot « chômage » vaut la peine qu’on s’y attarde et pourrait même prêter à rire si le sujet n’était pas grave : « provient du latin caumare (se reposer pendant la chaleur) et du grec kauma (chaleur brûlante) ». A croire que les chômeurs passent leur temps à faire la sieste alors qu’il n’y a pas plus dur labeur que de chômer !

Le chômage n’est pas une maladie…

Le « chômage » d’aujourd’hui n’est pas sans rappeler la « dépression » d’hier, cette maladie que l’on cachait de peur d’être considéré comme faible et qui était souvent soignée à coup de « secouez-vous, prenez sur vous, un peu de volonté voyons !». Le « dépressif d’avant » (comme le « chômeur de maintenant ») se voyait tenu pour responsable de son état. Cette maladie déclenchait d’ailleurs souvent l’exclusion de la personne atteinte qui se vivait comme contagieuse, ce que ressentent certains chômeurs devenus subitement indésirables voire carrément invisibles (cela pourrait être un autre sujet d’article : « le chômage est-il contagieux ? »).

C’est en écrivant ce post que j’ai réalisé que le vocabulaire propre au chômage était tiré du registre de la maladie :

  • chômage « de longue durée »,
  • être « frappé », « touché » par le chômage,
  • être « victime » du chômage,
  • avoir du mal à « remonter la pente » suite au chômage,
  • le chômeur va faire un « bilan » professionnel,
  • le chômeur en « fin » de droit (proche de « fin » de vie),
  • le chômeur va se faire « accompagner »,
  • le chômeur prend « rendez-vous avec un spécialiste pour faire un point » ,
  • Le chômeur doit faire une « déclaration » (comme une déclaration de maladie)

Le chômage n’est pas le fait du chômeur…

Si le chômage n’est pas une maladie, il reste le MAL de notre société et ce n’est pas aux chômeurs d’en payer le prix. Nous avons un peu trop tendance (surtout quand on est en emploi) à oublier les vérités suivantes :

  • On ne nait pas chômeur on le devient
  • On n’est pas responsable de son chômage mais sa victime
  • On est chômeur par obligation et non par choix
  • Sortir du chômage dépend de soi mais aussi des autres
  • Être chômeur ne veut pas dire être glandeur ou profiteur
  • Être chômeur ne fait pas de nous un mauvais professionnel
  • Être au chômage n’implique pas d’y rester

Le chômeur n’a pas à avoir honte (et la société n’a pas à lui faire honte) de ce dont il n’est pas responsable. C’est donc à nous de changer le regard que nous portons sur lui afin qu’il puisse dire fièrement : « Je suis chômeur et alors ? ».

PS : je viens de compter et j’ai utilisé dans cet article 20 fois le mot « chômeur » et 21 fois le mot « chômage »…Quel progrès !

Christel de Foucault, consultante RH, auteure de « Déjouez les pièges des recruteurs » aux Editions Eyrolles.
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Illustration réalisée par Benoit Pouydesseau 

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